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    Article : Le commerce équitable, une alternative viable ?.
    Le commerce équitable, une alternative viable ?

    Par Marine Dhermy,
    Vendredi 15 mai 2009


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    Un article du Figaro Economie par Frédérique Caux en date du 21 août 2008 intitulé « le commerce équitable en panne » prévoit une difficulté potentielle du commerce équitable à se développer dans le contexte actuel de la flambée des cours des matières premières agricoles : d’une part le prix d’achat augmente pour le consommateur, et les producteurs d’autre part sont tentés de délaisser les filières équitables au profit des filières traditionnelles non équitables devenues plus rentables.

    ous allons d’abord revenir sur la raison d’être du commerce équitable et montrer que sa conception actuelle ne constitue en effet pas une réponse parfaite à certains types de crises conjoncturelles telles que celle que nous traversons. Nous introduirons la conception de prix minimum glissant (cf http://infos.equiterre.com/article.../) et nous proposerons d’utiliser cette notion dans une conception moderne et viable du commerce équitable.

    Le commerce équitable

    Le commerce équitable dans sa forme actuelle globale trouve sa source la plus lointaine dans les mouvements américains des années 1940 (Thousand Villages, SERRV, aujourd’hui tous deux membres de l’IFAT, le réseau mondial de référence des organisations du commerce équitable), désireux d’améliorer le sort des producteurs du tiers-monde, exclus du marché mondial ou exploités par les grandes puissances commerciales. Le commerce équitable propose une démarche commerciale qui internalise des critères sociaux et écologiques que ne prend pas en compte le commerce traditionnel. Les avantages de la prise en compte de ces critères sont multiples. Tout d’abord, elle nous amène à penser un rapport au sud qui ne soit pas de l’ordre d’une aide, menant inéluctablement à une dépendance et dette toujours plus importantes. Ensuite, elle contribue à rendre notre système capitaliste plus efficace économiquement.

    Pour pallier le déséquilibre du marché actuel, le CE engage d’un côté les producteurs à fabriquer des produits qui respectent un certain nombre de critères environnementaux (emploi de matières premières biologiques, respect du patrimoine écologique local, etc) et sociaux (financement grâce à une partie des bénéfices de programmes de santé ou de formation par exemple). Il engage de l’autre côté les filières à verser aux producteurs une prime de développement supplémentaire qui leur permet notamment de scolariser leurs enfants. Il favorise de plus l’organisation de producteurs en coopératives, ce qui améliore le pouvoir de négociation des producteurs face aux importateurs. En outre, et c’est là la spécificité la plus importante, le commerce équitable tel qu’il se présente actuellement place les producteurs à l’abri des éventuelles crises conjoncturelles de l’économie telle que la chute des cours d’une matière première.

    La solution avancée par Max Havelaar pour pallier la chute des cours

    Dans le commerce traditionnel, une situation de surproduction se traduit par une chute des prix qui permet d’équilibrer l’offre et la demande. A cause de la chute des cours, les producteurs sont contraints de vendre leur produit à un coût extrêmement bas et voient ainsi leurs conditions de vie se dégrader. Pour remédier à ce problème, Max Havelaar a émis l’idée d’un prix minimum garanti, susceptible de traverser les crises financières conjoncturelles. C’est ainsi qu’en 2002, lorsque le cours du café est passé sous la barre des 50 cents la livre, le prix minimum garanti au producteur fut de 125 cents la livre (données ICO, 1994-2004), sauvant ainsi des milliers de producteurs trop sensibles aux variations du cours du marché. Max Havelaar rapporte dans un article qu’au cours de la récolte [de coton] 2005-2006, le revenu des paysans vendant dans ces conditions était de 40 % supérieur à ceux qui vendaient dans le commerce conventionnel, et 70 % au Mali (http://www.maxhavelaarfrance.org/s....) Cependant, aussi intéressant qu’il puisse être, l’institution d’un prix minimum fixe pose certains problèmes qui empêchent le passage à grande échelle du commerce équitable (pour plus de précisions, voir http://infos.equiterre.com/article....) :

    -  En cas d’écart de prix trop important entre le café équitable et le café conventionnel, le risque existe que le consommateur refuse de payer la plus-value sociale spécifique au commerce équitable ;
    -  Contournement des règles de Max Havelaar par certaines coopératives, ne respectant plus le prix minimum ;
    -  La politique du prix minimum incite les producteurs à continuer de produire alors que la tendance mondiale est à la surproduction

    Pour pallier ces travers du CE ainsi présenté, nous proposons d’étudier l’idée d’un système de prix minimums glissants, c’est-à-dire un prix minimum renégocié chaque année, mais dont les variations à la baisse en dessous d’un certain seuil ne dépasseraient pas 8 à 10%, qui aurait l’avantage de laisser les producteurs s’adapter au marché en cas de chute des cours, en trouvant de nouveaux débouchés, en cultivant un autre produit peut-être moins susceptible de subir les variations du marché : ce n’est pas tant imposer un seuil d’achat minimum qui protège les producteurs, mais plutôt borner la variation à la baisse possible des cours. En effet, et c’est la raison pour laquelle le nouveau schéma proposé est tout aussi intéressant pour une situation que l’auteur n’envisage pas directement, à savoir la flambée des cours, ... Enfin, nous savons qu’en cas de crise conjoncturelle ou même structurelle, un producteur pourrait cultiver un autre produit pour compenser ses pertes. Par exemple, si le cours du café est orienté à la baisse, le producteur peut décider de produire du riz dont le cours est bon. Seulement, les cycles de production étant longs, il est clair que les producteurs ne peuvent pas changer de culture en quelque semaines et compenser directement leur perte de revenus. D’où la nécessité de pratiquer dès le départ la diversification des cultures. Lorsque le cours du marché du café est bas, le producteur diminue sa production de café, mais augmente sa production de riz par exemple.

    Le CE peut-il faire face à la hausse du cours des matières premières ?

    L’article du Figaro Economie évoque la hausse très actuelle du prix des matières premières et se concentre sur l’exemple frappant du café. Alors que la livre de café coûtait 45 cents en 2001 (Source : FAO données ICO 2001), elle atteint déjà en décembre 2006 les 108 cents la livre (source : FAO données ICO 2005-2006) pour atteindre deux ans plus tard les 150 cents la livre (source : Fair Trade Max Havelaar). Lorsque le cours du café dépasse le prix minimum des 125 cents, celui-ci suit le cours du marché (voir ci-dessous).

    (JPEG)

    Source : Rapport annuel 2007 de Max Havelaar

    Nous voyons donc que le commerce équitable n’est intéressant pour les producteurs que lorsque le cours du marché est inférieur au prix minimum garanti. Si le cours dépasse les 125 dollars, les producteurs sont tentés comme le souligne le Figaro Economie de privilégier les filières traditionnelles, qui pour un même salaire sont moins regardantes sur la qualité du produit. Travailler pour une filière traditionnelle exige moins de travail. La coopérative Uciri, raconte Frédéric Caux, n’a reçu en cette saison que 650 tonnes de café sur les 900 tonnes habituellement fournies. La production a-t-elle baissé ? Non ! Les producteurs ont simplement vendu une partie de leur production à des filières traditionnelles proposant parfois un prix supérieur à ceux de la coopérative. La hausse du cours ne change pas grand-chose pour le producteur. En revanche, c’est le consommateur qui est lésé, devant faire face à des prix toujours plus élevés. D’après l’auteur de l’article, Ethiquable a dû augmenter ses prix de 3% en 2007. Si les prix poursuivent leur progression, il est clair que le consommateur ne sera plus en mesure de continuer à payer la plus-value sociale des produits équitables. Dans son état actuel, le commerce équitable ne peut résister à la hausse des prix des matières premières : les producteurs délaissent la filière équitable et les consommateurs n’achètent plus des produits devenus trop chers. La considération de l’éthique et de l’environnement se voit de nouveau reléguée au dernier rang.

    Une solution à l’impasse ?

    Depuis le 1er juillet 2008, FLO (Fair Trade Labelling Organization), a pris la décision d’augmenter de 24% le prix minimum du coton-graine biologique et conventionnel, et ce précisément pour remédier à la hausse du cours du coton, qui, bien que redescendu en août 2008 à 66 cents la livre, a pu grimper jusqu’à 87 cents en mars 2008 (source : cotlook). Frédéric Caux du Figaro rapporte à son tour que les producteurs de café ont dû batailler ferme avec la Fair Trade Labelling Organization (FLO) pour modifier le prix d’achat du café, inchangé depuis 1988. Après de nombreuses négociations, les producteurs d’Amérique du Sud ont réussi à monter le prix d’achat du café à 156 cents. Si la renégociation des prix fait partie de la solution, elle ne constitue pas à elle seule la solution. Il est tout aussi possible pour les filières équitables de maintenir un prix équivalent au cours du marché tant que celui-ci ne passe pas sous le prix minimum garanti, et d’augmenter la prime de développement, qui bénéficie non seulement à la famille mais aussi à toute une communauté en participant à l’élaboration d’un projet social local. Voici un graphique indiquant le nouveau prix équitable incluant une plus-value bien plus élevée qu’initialement.

    (JPEG)

    Source : http://infos.equiterre.com/article....

    Cela inciterait les producteurs à privilégier la filière équitable pour l’écoulement de leur production, même dans les cas de flambée des prix.

    Le Figaro Economie nous fait donc lire un article très symptomatique de l’impasse dans laquelle se trouverait le commerce équitable si les grands organismes qui fixent le prix du café équitable rechignaient à améliorer un système commercial qui pourrait se développer considérablement pourvu que ses acteurs se donnent les moyens de surmonter les crises conjoncturelles du marché à tous ses niveaux.

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